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La pyramide du savoir

Pourquoi la veille est-elle stratégique pour les banques ?

L’actualité ne cesse de nous rappeler l’importance de l’information pour les banques et les institutions financières à l’instar de chaque organisation. Pourtant, par-delà la notion de confidentialité des données se cache une valeur stratégique : Celle du savoir. Au sommet de la pyramide, elle symbolise sa capacité à connaître et comprendre ses informations et, ultimement, elle reflète sa capacité à évoluer et anticiper les défis du lendemain.

La pyramide du savoir

La pyramide du savoir

La veille : Pourquoi ?

Du latin « vigilia », la veille est associée à la surveillance et l’absence de repos. Dans l’antre de l’entreprise, il s’agit donc de monter la garde sans discontinuité afin d’assurer le développement du savoir et, en conséquence, la pérennité de l’organisation. La veille juridique et réglementaire, la veille financière, la veille concurrentielle, la veille technologique, la veille environnementale, la veille médiatique sont autant de domaines de recherche participant à la construction de la connaissance et du savoir au sein de l’entreprise.

En Suisse, le corpus réglementaire ne mentionne pas formellement qu’une institution bancaire ou financière doit disposer d’un environnement de veille. Cette notion est néanmoins implicitement inclue dans le principe d’« organisation adéquate » qui rappelle que les collaborateurs responsables se doivent de disposer des connaissances professionnelles nécessaires. Sous cet éclairage, le principe de garantie d’une activité irréprochable doit être également considéré lorsque l’on parle de responsabilité juridique.

En France, la notion de « veille » est davantage explicitée par l’AMF, l’Autorité des Marchés Financiers. Même si ce terme n’existe pas directement dans son règlement de plus de 1’500 pages, des références annexes contribuent à rappeler l’importance de cette activité. Ainsi, par exemple, dans son rapport intitulé « Le dispositif de Contrôle Interne : Cadre de référence » issu des recherches d’un groupe de travail en 2007, la notion de veille y est reprise à de multiples reprises, en particulier pour la dimension réglementaire et la surveillance des meilleures pratiques en matière de contrôle interne.

Internet : Un puit sans fond ?

Aujourd’hui, s’il est possible d’extraire l’information depuis de nombreuses sources, il n’est plus possible d’ignorer la plus grande base de données universelle : Internet. Mais attention, pour trouver les trésors que recèle ce puits d’informations, il est nécessaire préalablement d’en comprendre ses contours et de savoir utiliser ses outils ; La veille ne peut être réduite à une simple recherche sur Google ou à la surveillance ponctuelle de quelques pages web.

Sur Internet, il n’existe pas qu’un seul environnement à considérer. La zone la plus connue est bien entendu le web où se situe la plupart des sites et des pages. Mais l’information d’Internet peut encore être stockées en d’autre lieux et sous d’autres formes comme par exemple dans les groupes de discussion (newsgroup), les courriers électroniques (email), les sites de partage d’information (peer-to-peer) et le web invisible (non accessible via les outils standards ou non indexé dans les moteurs de recherche publics).

Pour pêcher la bonne information, il est nécessaire d’adapter son matériel et ses outils : Un filet aux mailles trop larges ou une ligne trop fine ne peuvent répondre aux mêmes besoins. Ainsi, il est clair qu’il n’existera pas un unique outil pour couvrir tous les domaines de veille simultanément et, logiquement, pas un seul processus de recherche ne permettra de capter toutes les nouveautés sur l’ensemble de ces domaines.

Capter l’information du web pour en extraire de l’intelligence

Le moyen historique le plus souvent proposé pour capter l’information est la newsletter. Dans ce cas, une alerte est envoyée par la source de l’information. Vous êtes donc averti des nouveautés selon des critères prédéfinis (fréquence, nombre de nouveaux articles par exemple) via un courriel.

Depuis quelques années, un autre principe se généralise sur les sites web pour proposer un flux de données automatiquement mis à jour et appelé RSS (Really Simple Syndication). Comme pour un flux d’informations financières, le site originel propose un flux actualisé des changements qui peut être directement capté par chaque internaute via son navigateur ou un lecteur dédié. Identifiable par un logo carré habituellement orange, cette disposition se généralise, comme par exemple sur le site de la FINMA qui propose les 5 dernières nouvelles par ce biais.

Malheureusement ces deux principes ne suffisent pas pour capter l’information sur Internet. En effet, certains sites n’offrent ni l’une ni l’autre de ces possibilités ou la partie d’information que l’on souhaite analyser ne fait pas partie des informations diffusées. Dans ce cas, des outils spécialisés (trackers) peuvent être utilisés à la rescousse. Ils permettent de tracer les modifications selon des critères prédéfinis comme par exemple: le nombre de modifications sur la page, l’ajout d’un nouvelle image, etc.

Le flux de traitement de l'information

Le flux de traitement de l'information

La bonne information à la bonne personne au bon moment

L’étape suivante ne revêt pas moins d’importance dans le processus de veille. Il s’agit maintenant d’organiser les informations et données collectées, de les classifier, les enrichir, les formater, sélectionner certaines d’entre elles, les traduire éventuellement, etc. L’objectif de ces traitements est de rendre les informations cohérentes et comparables entre elles, et spécifiquement adaptées aux besoins des destinataires finaux.

Pour ce faire, plusieurs modes opératoires sont possibles. Le plus économique s’appuie sur une combinaison d’outils informatiques que chacun d’entre nous dispose, comme par exemple des tableurs ou même des services en ligne spécialisés. Il s’agit alors de trouver les meilleurs outils pour répondre à chacune des problématiques d’analyse. Une autre variante consiste à organiser sa veille sur des plate-formes spécialisées couvrant toutes les étapes du processus, de la collecte à la diffusion, comme celles proposées par Digimind, KeyWatch, AMI Entreprise Intelligence et d’autres.

Mais, même si ces outils proposent intrinsèquement des solutions de diffusion, il faut être conscient que les règles de transmission des informations ne sont pas triviales. Il est nécessaire d’avoir préalablement clarifier le Quoi (quelle information?), le Qui (quel destinataire?), le Où (depuis internet, sur un réseau interne, …), le Comment (papier, courriel, flux RSS, portail, blog, wiki, … ?) et le Quand (à la demande, à chaque nouveauté, une fois par semaine, … ?). Il est nécessaire de prendre en considération qu’un destinataire aura a priori des préférences différentes en termes de format ou de fréquence selon la nature de l’information reçue.

Ainsi, si l’on combine les exigences relatives aux traitements et à la diffusion, il est facile de comprendre qu’une solution de veille « clé en main » n’existe pas.

La veille pour assurer le lendemain

Dans la nature, un pêcheur analyse les cours d’eaux, repère les courants, surveille la météorologie et adapte son matériel au poisson qu’il souhaite hameçonné. A la pêche à l’information sur Internet, cette maxime est toujours vraie. Il n’existe pas une solution de veille unique et même si celle-ci existait, un processus de veille ne peut rester immobile. Il doit rester « éveillé ». Il doit prendre en considération les nouvelles sources, faire évoluer ses méthodes d’analyse et ses principes de diffusion afin de répondre constamment aux besoins.

Il faut également être conscient qu’un outil ne va pas être le remède miracle à toutes les problématiques d’information de l’organisation. Pour relever ce défi, il est nécessaire d’établir une culture de construction d’un savoir commun, celle de l’intelligence collective.

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Cet article a été également publié dans le magazine Banque & Finance.

Banque & Finance – Le magazine de la place financière suisse

Magazine de référence de la place financière helvétique, il poursuit sa mission d’information et d’explication, en faisant appel aux meilleures plumes et à l’expertise des praticiens de la finance. Sous la houlette de son rédacteur en chef Didier Planche, l’audience croissante de BANQUE & FINANCE est le meilleur gage de son crédit et de son succès.

Rédacteur en chef : Didier Planche

Tirage : 9’500 exemplaires

Fréquence : bimestrielle (6 numéros par année)

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3 commentaires

  1. Bonjour Marc,

    un grand merci pour cet article de synthèse qui rappelle les nécessités d’un vrai pilotage de l’information dans les banques et ailleurs. il y a une phrase qui me dérange encore aujourd’hui, et que j’aimerais soumettre à votre réflexion. « La Bonne info à la Bonne Personne au Bon moment ».

    Une vraie sagesse populaire. Elle se doit donc de nous éclairer: Ah…c’est donc cela la veille stratégique, s’exclama le grand-père ! Mais d’expérience auprès des dirigeants…effet boomerang assuré. Aussitôt dit, aussitôt admis (intellectuellement), aussitôt abandonné car ne dit rien du Comment ? Pire oriente sur de fausses pistes…

    Je peux comprendre pour une veille documentaire…Je recherche ceci ou cela (le veilleur a pris soin de reformuler, préciser ce que doit être pour moi la bonne info !), je passe commande, je suis livré dans le délai annoncé. Bingo ! Pour la veille stratégique ou l’IE c’est autre chose je crois.

    Quelques repères pour ré-interpréter cette maxime, en noter les distorsions:

    - une info n’est pas « bonne » ou mauvaise par nature…c’est son utilisation qui le dit. Ça se complique !
    - une info est rarement « bonne » toute seule (sauf la promo du jour !), mais il faut une convergence, un faisceau, souvent analysés par plusieurs personnes. Toutes des « bonnes » personnes.
    - la bonne info est souvent celle dont on va remarquer l’absence, ou celle que l’on ne veut pas voir…le dicton ne dit rien là-dessus !
    - n’oublions pas que la première formulation est rarement exacte, et que l’intelligence de la question, ou plutôt des questions enchaînées fait l’essentiel
    - le bon moment ? Celui de la décision ? De la fin de la promo ? Le fameux « Kairos » grec, le temps juste. En fait une succession de petits ins-temps mis bout à bout, pour donner un vrai tempo au projet de Ville. On devrait donc dire « auX bonS momentS ».

    Finalement, je préfère écarter cette formulation, même si j’écoute le plus souvent la sagesse populaire ! Dans l’esprit de ce commentaire c’est juste l’occasion de rebondir et discuter. Encore merci Marc, pour cet éclairage.
    Denys.

    • Ou doit-on simplement parler de la sagesse du compromis ?

      Je pense qu’il s’agit de rester pragmatique dans l’exploitation de l’information collectée. Que sert la « meilleure » des informations si l’on n’est pas capable ensuite, par faute de moyen ou de ressource, de l’exploiter? Il faut donc revenir à la genèse du projet de veille et remettre les objectifs stratégiques au centre de la discussion.

      Merci pour votre commentaire

      • Denys LEVASSORT Info-Décision

        Marc,
        très bien cette idée de « sagesse du compromis ».
        Denys.